25 ANS de la montée du FC Martigues en D1, épisode 5

Episode 5 : coach Sarramagna retrace pour vous la folle épopée !

Lorsqu’une équipe réalise un parcours de rêve, comme le FCM en 1992-93, ce sont les joueurs qui sont mis en lumière. Derrière, il y a toujours de grands hommes capables de fédérer, de tirer la quintessence d’un groupe. Christian Sarramagna, l’ancien stéphanois, a été celui qui a permis aux Martégaux de se sublimer pour accéder à la Ligue 1. Il était normal de le remettre en lumière. 25 ans après, c’est lui qui narre la folle épopée martégale. Entretien :

Le président Michel Bérard, l'emblématique Henri Canet et l'entraîneur Christian Sarramagna réunis 10 ans après à Turcan !Le président Michel Bérard, l’emblématique Henri Canet et l’entraîneur Christian Sarramagna réunis 10 ans après à Turcan !

Christian, racontez-nous votre arrivée à Martigues lors de la saison 1992-1993 ?
Je serais tenté de dire qu’elle s’est passée tout naturellement. En fin de contrat à Saint-Etienne, j’ai rencontré plusieurs clubs. Mais, il y a des rencontres qui sont marquantes. Lorsque je rencontre les dirigeants du FCM, il se passe un truc avec Francis Collado et Michel Bérard. Le courant passe de suite, il y a la petite étincelle, le petit plus qui fait toute la différence. Du coup, je décide de relever le challenge qu’ils me proposent, comme si c’était une évidence.

Un challenge pourtant compliqué suite aux remous financiers qu’a connu le club ?
Un club totalement en chantier vous voulez dire ! Les finances étaient à sec, la municipalité a dû combler le déficit. Quand je réponds favorablement à la proposition martégale, je n’ai que 8 joueurs à ma disposition. Les anciens et les jeunes formés au club de la génération Gambardella. Vous comprenez pourquoi de ne pas descendre était le seul objectif. Alors, il a fallu se mettre en action pour constituer une équipe.

Justement, vous avez dû faire votre marché avec pas grand-chose ?
Nous sommes allés taper aux portes des clubs pour qu’ils puissent nous prêter des joueurs. Stéphane Blondeau et Laurent Castro (Montpellier), Pierre Chavrondier et Stéphane Roche (Lyon), Anicet Saussé (Lens) puis plus tard Jean-Roch Testa (Le Havre). Nous avons intégrés des jeunes pousses et aussi des jeunes de la région. Sans oublier, qu’il fallait assurer notre base, et la base c’est le gardien. Là, nous avons frappé un grand coup en enrôlant Eric Durand. Avec nos quelques cadres comme Henri Canet ou Stéphane Pounewatchy, on s’est dit que nous étions armés pour nous sauver. En essayant de peu dépenser on a construit un groupe.

Puis ce groupe est devenu une véritable machine à gagner ?
Une composante incroyable ! Ce groupe était très jeune mais ces gamins avaient de l’ambition. Le stage d’avant-saison du côté de Gap a permis de souder le collectif. Bien entendu, tout le monde part en stage, mais de notre côté, nous étions dans un endroit paumé, avec un stade champêtre, du coup il fallait beaucoup communiquer pour ne pas trouver le temps long. En quelques jours, les joueurs sont devenus des copains. Un peu comme moi avec les dirigeants à mon arrivée, le courant entre les joueurs est de suite passé. La magie a opéré à tous les niveaux.

Vous parlez souvent de magie. A quel moment avez-vous senti que votre équipe était magique ?
Les deux premières journées on effectue un super démarrage. On arrive à arracher le nul à Créteil malgré l’expulsion d’Ali Benarbia (1-1) et on parvient à étriller Rodez à Turcan (5-1). On sait que ce sont des équipes qui vont-elles aussi jouer le maintien. Donc on ne s’enflamme pas. Après cette bonne entame, on débarque à Nancy, candidat déclaré à l’accession. On réalise un match d’anthologie où Eric Durand a fait le reste. On l’emporte 1 à 0 et là on sent bien que les gars ont les dents longues et surtout de la qualité. On va enchaîner 10 matches sans perdre, on est leader. On se prend à rêver et surtout on se prend au jeu.

Malgré les coups durs, votre équipe réussie à tenir le choc ?
Déjà, tout le monde veut nous battre. Sportivement cela reste de notre ressort pour y faire face. Par contre médiatiquement on ne nous a pas épargnés. On n’a voulu nous abattre ! Et là ce sont les hommes et pas le terrain qui peuvent vous permettre de s’extirper de cette spirale infernale. Il y a la terrible soirée à Sedan (6 février 1993, défaite 4-0). Terrible car Henri-Claude Ferblantier, qui est pourtant l’un des hommes des plus gentil que j’ai connu, casse la jambe de Jean-Louis Mazzéo. La presse se déchaîne ! Puis, en étant encore en course pour la montée, l’administrateur de la Ligue Nationale de Football (Jacques Thébault) écrit une lettre ouverte demandant à ce que Martigues ne puisse pas accéder à la D1. On a su digérer toutes ces épreuves, le groupe a trouvé encore plus de solidarité dans l’adversité. Finalement, c’est ce qui nous a poussé à nous sublimer face à autant d’injustices.

C’est cette solidarité qui vous a permis de tenir Cannes en respect ?
A côté de l’AS Cannes, nous étions des parents pauvres. Il faut donc avoir des qualités humaines supérieures pour ne pas craquer face à eux qui étaient en train de tout balayer sur leur passage. Et justement, fin février, Cannes coaché par Luis Fernandez débarque à Turcan avec sa grosse armada. Nous sommes en pleine tempête médiatique. Après Nancy en début de saison, cela va être le second match référence. On prend vraiment conscience que l’on peut aller au bout. Un match d’hommes, un match serré dont on va sortir vainqueur (1-0). A cet instant, même moi je me dis qu’il va falloir venir nous chercher comme l’avait dit Henri Canet à la trêve. Mais s’il y avait la solidarité, nous avions aussi du talent.

Vous aviez eu le nez creux lors de ce tournant de la saison ?
C’est vrai que j’ai effectué de bons changements. En fait, le match est bloqué et Luis décide de sortir un milieu défensif. Je lui réponds en lançant un attaquant supplémentaire en la personne de Laurent Castro. Gilles Petrucci fait aussi son entrée. Les deux vont être à l’origine du but, qui est peut-être celui qui a conditionné la suite de l’aventure pour le FCM. Gilles déboule côté gauche pour une reprise pleine lunette de «Lolo» à quelques minutes de la fin (1-0, 83e). Un entraîneur fait souvent des mauvais choix plus que des bons (rires) mais cette saison, j’étais comme mes joueurs : peu importe mes décisions, elles étaient bonnes. Un exemple encore lorsque je surprends tout le monde en titularisant Haja Ralaikera en attaque pour le derby à Istres lors de l’avant-dernière journée. C’est lui marquera le but vainqueur. Cette saison-là on était touché par la grâce !

Vous en avez connu des moments magiques mais celui de cette accession occupe quelle place dans votre mémoire ?
En tant que joueur mon plus beau souvenir c’est la finale de Coupe des Champions avec Saint-Etienne. Dans ma carrière d’entraîneur c’est cette accession avec le FCM. Je mets les deux évènements au même niveau. Voir ce stade en ébullition, sentir l’engouement autour de nous. Ce sont des choses rares dans la vie d’un sportif. Martigues est gravé dans mon cœur comme mon passé en «Vert».

Quels souvenirs gardez-vous du match de la montée contre Créteil ?
Que les Cristoliens voulaient mourir les armes à la main, eux qui allaient descendre en terminant derniers. Le doublé de Testa qui nous permet de monter. Mais surtout j’ai trouvé ce match interminable, les minutes étaient à rallonge. La tension était palpable. Au coup de sifflet final, vous ne savez plus sur quelle planète vous êtes ! La communion avec le public, les joueurs, rien que d’en parler cela me transit d’émotions !

Et que gardez-vous en mémoire de cette aventure humaine ?
Pour moi tout réside dans l’identité ! Et lorsque j’évoque ce mot, je veux que vous parliez d’Henri Canet. Le rouage essentiel de l’équipe, mon relais sur et en dehors du terrain. Si ce n’était pas le capitaine, car il ne voulait pas du brassard, mais c’était l’homme fort. C’est grâce à lui que l’on a pu écrire la légende du FCM ! Sans ce maillon essentiel nous n’aurions rien pu faire. Aujourd’hui, je suis toujours les résultats de Martigues. Malheureusement, il y a eu une perte d’identité qui fait qu’à un moment les clubs se cassent la figure. L’identité avec des joueurs du cru et l’amour du maillot, ce sont des valeurs qui ont disparu du football. Mais cette saison-là, nous avions une équipe avec tous les bons ingrédients ! On a écrit l’histoire, toute une ville est entrée dans la légende. C’est gravé pour la vie en nous. Cela nous appartient.

Christian Sarramagna né le 29 décembre 1951 à Bayonne

4 reflexions sur “25 ANS de la montée du FC Martigues en D1, épisode 5

  1. Eric Durand le joueur le plus utilisé cette saison là absent uniquement lors du déplacement à epinal lors de la 12ej pour suspension suite à son exclusion la journée précédente face à ales 22′. Il sera remplacé dans les Vosges par frederic limantour.

  2. Christian sarramagna ke l’on reverra a turcan 10 ans plus tard saison CFA 03/04 sur le banc de l’aviron bayonnais. Victoire 2-0 des martegos dutil 84′ et bilici 90′. Malgré cette défaite bayonne accédera au national avec un s ki veut dire sarramagna ! .

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